Traduit du chinois.
http://news.xinhuanet.com/mil/2015-08/11/c_128117153.htm (11 août 2015)
"Il est possible de capter et d'interpréter la pensée humaine, et de l'utiliser pour contrôler des machines par le simple exercice de la volonté." Une équipe de chercheurs à la pointe de la technologie de l'Université d'Ingénierie de l'Information de l'Armée Populaire de Libération [de Zhengzhou] se consacre aux "super-pouvoirs" du cerveau : après avoir étudié pendant plusieurs années le processus de la pensée, ils ont fait de la "lecture des intentions" une réalité. L'équipe est actuellement au premier rang des avancées mondiales du "Brain Project" et les recherches menées par le laboratoire "Traitement de l'information dans la coopération cerveau-machine" qui relève de la phase du Programme 863 consacrée à la "technologie interactive cerveau-machine pour la classification d'images à grande échelle" devraient officiellement porter leurs fruits d'ici la fin de l'année.
Hier, un journaliste s'est rendu dans ce laboratoire où les chercheurs expérimentent les mystères de la "lecture de la pensée".
Pour la lecture de la pensée, les yeux sont comme un scanner
Le laboratoire "Traitement de l'information dans la coopération cerveau-machine" de l'Université d'Ingénierie de l'Information de l'Armée Populaire de Libération a vu le jour en 2005, à l'initiative d'un groupe de chercheurs qui a entrepris il y a dix ans, de réaliser le rêve d'une humanité dotée de "super-pouvoirs".
Le Professeur Yan Bin, directeur du laboratoire "Traitement de l'information dans la coopération cerveau-machine", explique que la recherche de l'équipe porte sur la connaissance du cerveau, son utilisation, sa préservation ainsi que son développement. Cette recherche, qui s'inscrit dans la phase du Programme 863 consacrée à la "technologie interactive cerveau-machine pour la classification d'images à grande échelle" devrait porter ses fruits d'ici la fin de l'année et a déjà permis de réaliser une avancée significative dans la "technique de reconstruction visuelle".
Qu'est-ce que la "reconstruction visuelle" ? Yan Bin rapporte que la "reconstruction visuelle" ou "reconstruction de l'information visuelle cérébrale" est la transcription graphique par ordinateur d'une scène telle qu'elle est perçue par les yeux. Par exemple, si vous regardez des lettres de l'alphabet anglais sur une carte de visite, après avoir regardé ces lettres, grâce à un équipement d'imagerie par résonance magnétique, on peut afficher en un clin d'œil sur un ordinateur voisin les lettres que vous venez de regarder.
A quoi peut servir la "reconstruction visuelle" ? Yan Bin en propose quelques exemples : "Avant, on ne pouvait lancer que des requêtes écrites sur les moteurs de recherche, mais avec la recherche par image, on peut maintenant utiliser une photographie prise depuis son mobile et faire une recherche sur internet. Dans le futur, nos yeux remplaceront nos mobiles, si bien que lorsque nous chercherons quelque chose, l'ordinateur pourra lire et interpréter directement nos signaux cérébraux et lancer automatiquement une recherche pour nous apporter aussitôt la réponse. " Dans l'immédiat, indique Yan Bin, le niveau de précision de cette "lecture de la pensée" avoisine les 70%.
Le contrôle mental, qui permet de diriger des machines par la "pensée" est déjà opérationnel
Afin de mieux comprendre en quoi consiste cette "lecture de la pensée", suivons le journaliste dans le laboratoire des "super-pouvoirs" et voyons un peu de quoi il retourne.
Sur la grande table de travail, deux robots d'environ 50 cm de haut, l'un bleu, l'autre rouge, se tiennent tranquillement debout et soudain, le petit bonhomme bleu se met à bouger : il avance, tourne à gauche, se penche en avant, remue la tête,... "Je peux contrôler ses mouvements par la pensée", explique une étudiante du laboratoire qui porte sur la tête une coiffe d'un genre inhabituel, d'où partent précisément ces "instructions silencieuses".
"L'activité cérébrale se traduit par la transmission électrique de l'influx nerveux. Avant de pouvoir opérer un 'contrôle mental' sur un objet, il faut commencer par 'lire la pensée'. Yan Bin poursuit : "La coiffe que porte cette étudiante est munie d'électrodes qui captent ses ondes cérébrales et les transmet à un ordinateur ; c'est à partir de ces données que nous sommes en mesure de lire ses pensées puis de les envoyer au robot sous la forme d'instructions, au moyen d'un dispositif sans fil, afin de manœuvrer celui-ci par 'contrôle mental'. Quand elle pense quelque chose, le robot réalise l'action correspondante."
Les recherches menées en Chine dans ce domaine permettent d'ores et déjà d'envisager de contrôler par "la pensée" un certain nombre d'appareils et d'équipements, qu'il s'agisse du décollage et de l'atterrissage de drones, de faire avancer ou pivoter un fauteuil roulant, ou encore de composer automatiquement un numéro de téléphone sur un mobile, etc. "On contrôlera mentalement les appareils électro-ménagers et les véhicules ; tout ce qui est actuellement contrôlé par un interrupteur manuel pourra être contrôlé par la pensée." Yan Bin ajoute que l'on peut déjà contrôler mentalement l'extinction d'une lampe ou la mise en route d'un climatiseur.
"Brain Project", la Chine déjà à l'avant-garde mondiale
Dans la salle d'IRM de l'hôpital populaire de la province du Henan, un cobaye est allongé sur une table d'IRM pour une expérience au cours de laquelle on lui montre successivement les 5 lettres C, H, I, N et A. Pendant qu'il les regarde, l'IRM capte les faibles signaux de son aire cérébrale visuelle, puis ces signaux sont transmis à un ordinateur qui, au terme de calculs complexes, reconstruit graphiquement les images perçues par le cobaye.
"Pour le moment, nous obtenons un taux de précision de 70%, ce qui constitue déjà le taux de précision le plus élevé au monde", rapporte le Professeur Tong Li, vice-directeur du laboratoire "Traitement de l'information dans la coopération cerveau-machine". Shi Dapeng, chef du service Radiologie-IRM de l'hôpital populaire de la province du Henan souligne que cette technologie d'interface cerveau-machine est à l'avant-garde des technologies de communication homme-machine tant sur le plan national qu'international et qu'en l'état actuel des recherches, le large éventail des applications possibles lui confère une grande valeur. "Nous allons pouvoir utiliser ces technologies informatiques innovantes dans la prise en charge thérapeutique des patients et la réduction de la douleur."
Au cours des dernières années, les États-Unis, l'Union Européenne et le Japon ont lancé des projets d'envergure dans le domaine de la recherche sur le cerveau.
A l'heure actuelle, le "Brain Project" a obtenu l'aval du Conseil des affaires de l'État [chinois] et est classé parmi les "projets scientifiques et technologiques prioritaires pour le développement futur de la Chine" selon les 3 axes de recherche suivants : connaissance du cerveau, préservation du cerveau et création d'un cerveau artificiel.
"Notre système de récupération en temps réel des données d'imagerie par résonance magnétique lors de la communication cerveau-machine est leader sur le plan mondial, rien de tel n'existait jusqu'à maintenant", ajoute Yan Bin.
Dans le futur, l'homme possèdera le super-pouvoir de "contrôler le monde environnant directement par la pensée."
Pourquoi bébé pleure-t-il ? Fait-il un caprice, a-t-il faim, est-il malade ou bien souffre-t-il ? Qu'importe s'il ne sait pas parler, papa et maman pourront un jour "lire" en lui.
Les personnes handicapées à mobilité réduite ont besoin d'un fauteuil roulant pour aller éteindre une lampe située à quelques mètres, ce n'est pas pratique. Désormais, cela ne sera plus nécessaire, il suffira d'y penser et elle s'éteindra d'elle-même.
Vous avez une bouffée d'inspiration mais pas de stylo à portée de main ? Rien pour prendre des notes ? Qu'à cela ne tienne ! Laissez aller votre imagination, peu importe la nature et la quantité de vos pensées, l'ordinateur pourra les taper tout seul.
Est-ce que ce n'est pas cool de penser à une vie ainsi simplifiée ? Dans son laboratoire de recherche, Yan Bin nous a fait part de deux nouvelles enthousiasmantes : d'une part, nous savons déjà décrypter et traduire les signaux électriques du cerveau puis transmettre un message adapté pour manipuler des objets extérieurs ; d'autre part, les progrès scientifiques réalisés ne se limiteront pas aux expériences réalisées en laboratoire mais se répercuteront rapidement dans nos vies.
Cependant, pour l'instant, la technologie de la "lecture de la pensée" connaît des limites. Par exemple, la nécessité pour la personne qui veut utiliser cette technique de porter sur la tête un équipement adapté afin de mesurer son activité cérébrale, d'appliquer sur son crâne une substance permettant de mieux capter les ondes cérébrales et d'utiliser un appareil d'IRM, autrement dit, la nécessité de recourir à un médium permettant la lecture de la pensée. Grâce à la poursuite de ces recherches, nous pourrons un jour nous passer de la "coiffe" ainsi que du reste de l'équipement extérieur, il nous suffira de "penser" pour manipuler les appareils : nous posséderons alors le "super-pouvoir" de "contrôler le monde environnant directement par la pensée".
"Le cerveau humain est la chose la plus puissante et la plus complexe au monde ; nous avons toujours cherché à maîtriser son pouvoir extraordinaire et à le mettre en relation avec les technologies du quotidien." Yan Bin note que grâce à la science, nous avons l'espoir de voir la technologie appliquée à la vie quotidienne et de voir les nouvelles technologies favoriser la création de nouvelles industries. On le constate en Occident, des gens se sont lancés dans des métiers nouveaux issus des progrès de la science, tels la "neuroéconomie" et le "neuromarketing", qui mettent en relation science et vie quotidienne "pour aider les gens et leur simplifier l'existence, tel est notre objectif." (Texte: Zhang Jingyi / Photo: Ma Jian)